24 août 2017

Le jour du dépassement

Ce 2 août, nous avons passé le jour du dépassement, le jour où l'humanité a utilisé plus de ressources que la Terre n'est capable de renouveler en une année. C'est un constat alarmant, d'autant plus que les instances gouvernementales n'ont pas bien l'air de se rendre compte de la gravité de la situation. Non seulement l'enjeu est crucial pour notre avenir, mais la situation est bien pire si on la rapporte uniquement aux pays développés : la France a déjà passé le cap le 3 mai ! Voyons un peu à quoi correspond ce cap et pourquoi il n'est même pas suffisant pour décrire à quel point nous fonçons droit dans le mur. Faisons ensuite un point sur l'état des réserves naturelles de pétrole, d'uranium et de métaux. Finalement, essayons d'imaginer comment nous pourrons vivre dans 50 ans...

Le calcul du jour du dépassement

Le jour du dépassement par pays

Chaque année, l'organisation non gouvernementale Global Footprint Network calcule le jour du dépassement. Ce calcul est réalisé en comparant la biocapacité de la Terre à l'empreinte écologique humaine. Il est révisé régulièrement pour prendre en compte le plus de données possible. Le calcul actuel donne le jour du dépassement de 1971 au 24 décembre. Depuis cette date, le jour du dépassement recule d'un peu plus de 3 jours tous les ans. Si nous continuons sur cette lancée, le jour du dépassement sera le 1er janvier en 2085, donc du vivant des jeunes génération... Bien entendu, c'est purement impossible d'en arriver là, mais cela indique l'urgence absolue de se pencher sur la question. Avec un peu plus de rigueur, voyons avec quelles données est réalisé ce calcul.

La biocapacité de la Terre est mesurée en hectares globaux (une mesure moyenne de la productivité d'un hectare) et correspond à la quantité de terres cultivées, de pâturages, de forêts, de zones de pêche et de terrains bâtis. L'inconvénient de cette mesure, c'est qu'elle ne tient pas compte des dégâts que nous infligeons. Les terres cultivées par l'agriculture intensive sont sujettes à l'érosion. Les pesticides détruisent la biodiversité et impactent la productivité (moins de pollinisateurs, des sols moins riches) et les nuisibles prolifèrent par manque de prédateurs... De plus, le réchauffement climatique va grandement impacter la biocapacité : la montée des eaux et la sécheresse vont rendre certaines régions inhabitables dans les prochaines décennies. La biocapacité par habitant en France est de 2.9 hectares globaux. Si nous ne changeons pas drastiquement de politique (agricole, piscicole, forestière et d'expansion des villes), la biocapacité de la Terre ne peut que diminuer.

L'empreinte écologique, quant à elle, est mesurée par un calcul un peu plus complexe. Exprimée également en hectares globaux, elle se définie par la quantité d'espace nécessaire à la production humaine et au traitement des déchets. Il est donc également question de quantité de terres cultivées, de pâturages, de forêts (pour le bois), de zones de pêche et de terrains bâtis... mais également de CO2 (qui doit être absorbé par des forêts). En France, l'empreinte écologique est de 5.1 hectares globaux par personne (presque 2 fois plus que la biocapacité). Au vu de l'accroissement de la population, à moins de se tourner immédiatement vers des nouvelles technologies (qui n'arriveront peut être jamais) pour capter le CO2 et recycler les déchets ; et de changer de modèle de production et de consommation ; (ou bien un génocide...), l'empreinte écologique ne peut qu'augmenter.

Il est donc évident que si on ne fait rien, le jour du dépassement ne peut que se rapprocher du début de l'année. Concrètement, cela signifie que chaque année nous puisons dans les ressources non renouvelables de la planète. Nous avons le sentiment que nous pouvons continuer à l'infini mais c'est une erreur. Voici un petit exemple pour vous le démontrer : si vous avez 10 pommes sur un pommier et qu'il produit 1 pomme tous les jours, mais que pendant ce temps 3 personnes prennent chacune une pomme tous les jours sur le pommier, tout ira bien pendant 5 jours. Mais à partir du 6ème jour, il ne restera plus qu'une seule pomme sur le pommier. Il faudra donc soit couper la pomme en trois, soit que 2 personnes se privent de pomme. Et il en ira de même avec les autres aliments, mais aussi avec l'air, les logements, la technologie, la médecine... Concrètement, l'impact du dépassement de la Terre se traduira par des famines, un air pollué, des maladies... bref, la fin d'un monde qui n'a pas été capable de s'adapter. La Terre continuera à tourner sans aucun problème, mais nous allons assister à des catastrophes humaines... La question qui reste à élucider, c'est de savoir combien de temps la Terre supportera nos abus.

Les réserves naturelles s'épuisent

Dans 50 ans, plus de pétrole

Au delà du risque écologique, démographique et d’ingérence politique, même les plus bornés sont capables de se rendre compte que les ressources de la Terre sont épuisables... Et nous allons faire face à de réelles difficultés pour conserver notre niveau technologique dans les prochaines années. En effet, d'un point de vue énergétique, nos carburants seront totalement épuisés. D'un point de vue matériel, ce sont les métaux rares qui vont manquer. Nous avons moins de 50 ans pour nous y préparer.

La consommation énergétique croissante est un problème majeur car la production d'énergie repose essentiellement sur du carburant, qu'il s'agisse de charbon, de pétrole ou d'éléments radioactifs. L'anthracite, un charbon de grande qualité énergétique, n'est déjà plus exploité et on se tourne vers des sources de charbon de moins bonne qualité tel que le charbon bitumineux. Le pétrole n'a plus que quelques années devant lui et l'uranium pas énormément plus, les deux seront épuisés avant la fin du siècle. Les énergies renouvelables sont l'enjeu des prochaines décennies. La fusion nucléaire pourrait être une option si nous parvenons à fiabiliser le processus (et à gérer les risques et les déchets) mais ce n'est pas gagné... En attendant, les barrages hydrauliques, l'éolien et le solaire sont nécessaires pour sortir des énergies fossiles. On pourra difficilement ajouter des barrages à ceux qui existent aujourd'hui, mais l'éolien est un secteur qui peut se développer énormément, notamment en mer. Le solaire, quant à lui, permet d'alimenter des villes entières mais de véritables centrales solaires ne peuvent voir le jour que dans les régions les plus arides de la planète. Pour autant, ces technologies ne sont pas totalement renouvelables car elles requièrent des métaux rares dont nous risquons de devoir nous passer, pour certains avant même la fin du pétrole.

Honnêtement, les terres rares (c'est ainsi qu'on appelle les métaux et éléments radioactifs rares) ne sont pas prêtes de disparaître de notre planète. Nous n'en avons même pas pris 0.1%. Le problème réside dans le fait que ces terres rares sont particulièrement disséminées et en majorité totalement inaccessibles et que les principaux filons facilement exploitables sont sur le point d'être épuisés. Creuser plus profondément pour trouver de nouveaux filons a un coût aussi bien énergétique que matériel exorbitant (sans oublier le coût économique qui se répercutera sur les produits finaux). Sans indium : pas d'écran LCD, sans hafnium : pas de processeurs, sans germanium : pas de wifi. Nous allons devoir soit remplacer les terres rares par d'autres composants (ce qui peut être compliqué et/ou moins efficace), soit apprendre à les recycler (ce qui est aussi complexe que coûteux en énergie)... à supposer que l'une ou l'autre des solutions soit envisageable, sinon nous n'aurons pas d'autre choix que de nous passer de ces technologies. Espérons que si cela se produit, nous aurons réussi à en développer de nouvelles, durables et recyclables... Mais l'optimisme seul ne suffira pas. Il faut agir immédiatement et nous préparer à ne plus pouvoir utiliser les terres rares.

L'avenir

Nous avons deux possibilités. La première réside dans le fait de changer totalement et immédiatement notre modèle de société. Penser à l'humanité avant de penser aux individus (ce qui est totalement l'inverse de notre société actuelle). Nous devons travailler ensemble pour créer de nouvelles technologies durables et renouvelables. Nous devons limiter l'expansion démographique pour être en mesure d'assurer une vie décente à tous. Nous devons accompagner le développement des pays dits émergeants afin de limiter leur impact environnemental tout en créant des systèmes coopératifs et collectifs qui permettront de limiter la consommation énergétique tout en permettant un accès à la technologie pour tout le monde. L'enjeu est le maintien de notre société, la stabilisation de notre modèle de production, consommation et gestion des déchets pour pouvoir, dans un avenir un peu plus lointain, recommencer à nous développer sur des bonnes bases. L'argent et surtout la valeur bien trop importante qu'on lui donne est le frein principal de cette solution. Tant que les gens s'accrocheront au système monétaire décadent de notre époque, nous ne pourrons pas avancer.

La deuxième option consiste à abandonner la technologie de manière quasiment irréversible. C'est le retour à au moyen-âge. Mais cette fois-ci, il n'y aura plus de possibilité d'avenir technologique puisque nous aurons épuisé les ressources de la planète pour des millions d'années. Il y aura des famines, des guerres de territoire pour les terres arables, des maladies... Bien entendu, le scénario de la guerre nucléaire est également envisageable... Et dans 2 ou 3 siècles, l'humanité retrouvera une stabilité. Alors, l'humanité vivra jusqu'à la fin dans un modèle de société stagnant voire rétrogradant (car on ne retrouvera jamais un accès aux connaissances aussi important). C'est une possibilité qui explique certainement en grande partie le paradoxe de Fermi : si les extraterrestres ne nous on jamais trouvé, c'est parce qu'ils ont épuisé les ressources de leur planète avant de pouvoir voyager dans l'espace.

Conclusion

Il faut se rendre à l'évidence : les générations les plus jeunes et les générations futures vont devoir payer le prix de la stupidité des politiques menées depuis le siècle dernier. Le choc se produira aux alentours de 2050 et sera violent. Il est peut être déjà trop tard pour faire machine arrière mais il faut toutefois se battre pour éviter le pire. Il est urgent et nécessaire de faire prendre conscience aux gens que le monde dans lequel nous vivons est éphémère. Il est urgent et nécessaire de reprendre le pouvoir qu'une caste de tarés avides compulsifs monopolise depuis des années. Il est urgent et nécessaire de changer immédiatement de cap : passer aux énergies renouvelables tout en faisant un maximum d'économies d'énergie, passer à des moyens de production durables et recyclables, agir véritablement pour limiter le réchauffement climatique et financer sérieusement la recherche pour être en mesure de faire face à la pénurie de terres rares tout en conservant un niveau technologique convenable. Se fourvoyer dans la politique actuelle du libéralisme décomplexé, c'est être sûr et certain de faire retourner 99,9% de la population mondiale à l'âge de pierre d'ici à la fin du siècle.

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